Nous avons souvent l’impression que notre vie s’écrit en continu.
Nous regardons hier pour savoir qui nous sommes aujourd’hui. Nous nous appuyons sur ce que nous avons vécu, sur nos réussites, nos erreurs, nos blessures, nos renoncements, nos relations et nos peurs pour décider ce que nous croyons encore possible. Puis nous essayons d’agir aujourd’hui en espérant que demain confirmera enfin ce que nous attendons.
Nous faisons de notre vie une ligne droite.
Hier expliquerait aujourd’hui – Aujourd’hui préparerait demain. – Et demain viendrait, peut-être, réparer ce qui n’a pas été.
Mais est-ce vraiment ainsi que la vie se vit ?
Et si hier n’existe plus?
Il demeure dans notre mémoire, dans certaines traces, dans les récits que nous racontons sur nous-mêmes. Il peut nous avoir marqué, enseigné, blessé ou construit. Mais il n’est plus un lieu dans lequel nous pouvons vivre. Nous ne pouvons pas y retourner pour y changer une parole, un choix, une absence, une perte ou un échec.
Et demain n’existe pas encore.
Nous pouvons le désirer. Le préparer. L’imaginer. Le craindre parfois. Mais nous ne pouvons pas l’habiter avant qu’il ne devienne un instant présent.
Alors il reste cet instant.
Celui dans lequel nous respirons maintenant.
Celui dans lequel une pensée apparaît.
Celui dans lequel une émotion nous traverse.
Celui dans lequel nous choisissons une parole.
Celui dans lequel nous décidons d’agir — ou de ne plus agir comme avant.
C’est peut-être là que la ligne de la vie cesse de s’écrire en continu. Elle s’écrit en pointillé.
Un point n’est pas la suite du précédent.
Nous avons appris à croire que ce que nous avons vécu hier doit naturellement définir ce que nous ferons aujourd’hui.
Si nous avons échoué, nous nous présentons avec l’idée que nous risquons encore d’échouer.
Si nous avons été rejetés, nous abordons une nouvelle relation en cherchant les signes d’un abandon à venir.
Si nous avons manqué, nous regardons chaque dépense, chaque attente ou chaque difficulté avec la peur que le manque recommence.
Si nous avons été blessés, nous pouvons croire que notre protection consiste à ne plus nous ouvrir.
Ainsi, sans même nous en apercevoir, nous demandons au passé de décider de notre présent.
Mais le passé est une expérience. Il n’est pas une identité.
Il a existé. Il a laissé des traces. Il peut demander à être reconnu, accueilli, compris. Pourtant, il ne possède pas l’autorité de choisir seul qui nous devons être maintenant.
Chaque instant est un point nouveau.
Il ne nie pas ce qui a eu lieu. Il ne demande pas d’effacer notre histoire ni de faire semblant que rien ne nous a touchés. Mais il nous rappelle que nous sommes toujours davantage que ce qui nous est arrivé. Nous sommes une conscience éternelle.
À chaque point de notre vie, une question demeure ouverte :
Qui est-ce que d’être choisis d’être maintenant ?
Nous attendons souvent demain pour nous autoriser à ressentir ce que nous désirons profondément vivre.
Nous pensons :
– Quand cette situation sera réglée, je serai en paix
– Quand je recevrai cette réponse, je me sentirai rassuré
– Quand j’aurai obtenu davantage, je pourrai enfin vivre l’abondance
– Quand quelqu’un m’aimera comme je l’attends, je me sentirai digne d’amour
– Quand je serai certain du résultat, je pourrai agir
Mais demain ne peut pas nous donner durablement ce que nous refusons encore de commencer à habiter aujourd’hui.
Car si nous attendons que les circonstances deviennent parfaites pour choisir la paix, l’amour, la liberté ou la dignité, nous remettons notre état d’être entre les mains d’un avenir qui n’est pas encore là.
Or, l’instant présent ne nous demande pas de connaître le résultat avant d’avancer.
Il nous demande de choisir depuis quel état nous voulons avancer. Cherchez premièrement la Conscience et l’expérience vous sera donné par dessus tout.
La véritable question n’est pas : « Puis-je être certain que ce que je vais faire réussira ? »
La véritable question est : « Puis-je être certain de l’être que je choisis d’incarner pendant que j’agis ? »
Je ne suis peut-être pas certain du résultat. Mais je peux choisir d’agir depuis la paix plutôt que depuis la peur. Je peux choisir de parler depuis la dignité plutôt que depuis le besoin d’être validé.
Je peux choisir de créer depuis l’abondance plutôt que depuis la sensation de manquer. Je peux choisir d’aimer sans m’abandonner. Je peux choisir d’avancer sans faire de l’incertitude une interdiction de vivre.
Un instant ne nous demande pas de réécrire toute notre histoire.
Il ne nous demande pas de devenir immédiatement une autre personne. Il ne nous demande pas de supprimer toutes nos peurs, de résoudre toutes nos blessures ou de savoir exactement ce que l’avenir nous réserve.
Il nous demande seulement d’être présents à ce qui est là.
Puis de choisir.
Choisir ce que nous voulons ressentir.
Choisir la pensée que nous voulons valider.
Choisir les mots que nous voulons prononcer.
Choisir l’action qui ressemble à la personne que nous voulons devenir.
C’est dans cette simplicité que se trouve une puissance immense.
L’événement arrive. Une peur peut se lever. Une ancienne histoire peut revenir. Une émotion peut demander toute la place. Mais l’émotion qui se présente n’est pas obligée de devenir la direction que nous suivons.
Nous pouvons la ressentir sans lui abandonner notre vie.
Nous pouvons dire : « Cela existe en moi maintenant, mais ce n’est pas tout ce que je suis. »
Nous pouvons laisser le passé être ce qu’il a été, sans lui permettre de devenir le scénario obligatoire de chaque nouvel instant.
Être humain, un art à retrouver
C’est ce que nous enseigne Être humain – Un Art Oublié: la vie ne se réduit pas à ce qui nous arrive. Elle se construit surtout dans la manière dont nous choisissons de rencontrer ce qui arrive.
Nous ne choisissons pas toujours les événements.
Nous ne choisissons pas toujours les retards, les refus, les séparations, les pertes ou les imprévus.
Mais nous pouvons apprendre à ne plus leur confier le pouvoir de nous définir.
Nous pouvons revenir à nous.
Revenir à cet espace intérieur où le passé ne décide plus seul.
Revenir à cet instant où demain ne doit pas encore être résolu.
Revenir à la possibilité de choisir une paix qui ne dépend pas de l’absence de difficulté, une liberté qui ne dépend pas de l’absence de contraintes, un amour qui ne dépend pas de l’approbation des autres, une abondance qui ne dépend pas uniquement de ce qui est visible.
La ligne de la vie s’écrit en pointillé parce qu’aucun instant n’est condamné à reproduire le précédent.
Chaque instant est indépendant.
Chaque instant peut devenir une naissance.
Chaque instant nous demande :
Qui choisis-tu d’être, maintenant ?
Et peut-être que l’art oublié d’être humain commence exactement ici :
lorsque nous cessons d’attendre que notre passé s’efface ou que notre avenir soit assuré, pour choisir d’être pleinement présents dans le seul lieu où notre vie peut réellement se créer.
Ici.
Maintenant.
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